Un instant de plénitude absolu
Youpi !!! Voici un nouvel atelier d’écriture d‘Agathe et Irène !
J’y ai abordé mon thème récurent préféré : la place et l’utilisation du rêve dans la réalité…
Les règles sont par là : http://www.mamirene.com/article-6820122.html
Haaa je l’ai attendu longtemps ! Vivement le prochain… Merci les filles !
Bonne lecture, Meuh !!
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Ma feuille restait toute blanche depuis le début de la matinée, et, midi approchant, je n’arrivait toujours pas à coucher un seul mot sur ce papier…
Je tremble, j’ai peur…
Je voudrai écrire, je voudrai crier, mais rien ne sort…
Coincé, dans la boue, cette tranchée est en train de me digérer. Je ne peux pas voir le paysage qui s’étale devant moi (Y jeter un coup d’œil signerait mon arrêt de mort !) mais je l’imagine tel une dense forêt vierge de barricades et de barbelés hérissés.
Les quelques mètres qui nous séparent de l’ennemi seront certainement les plus longs de ma vie… Quelques mètres à parcourir, et pourtant si peut de chances d’arriver en vie. A midi… Ce sera le moment. L’assaut sera donné par un obscur général tapis dans l’ombre. Il ne serait pas assez fou pour aller lui-même exécuter son ordre.
Je pense aux pauvres bougres d’en face. J’ai autant pitié pour eux que pour nous.
Dire que je pourrais être fusillé pour des idées pareilles… L’ennemi, c’est le mal ! Il faut que je me rentre ça dans la tête !
Pourtant, ils sont autant galériens que moi… Nous sommes tous embarqués malgré nous dans cette guerre improbable qui nous dépasse. Nous sommes la chair à canon… Pour les hauts gradés nous sommes que des nombres, des chiffres et des probabilités de victoire.
Staline disait : « Quand un homme meurt, c’est une tragédie. Quand des millions d'hommes meurent, c’est une statistique. »
Midi… Nous allons leur tomber dessus au moment du repas… Foutue stratégie …Foutue guerre !
Je voudrais écrire… A elle, ma femme… Je voudrais lui parler, probablement pour la dernière foi… Mais rien ne sort. J’essaye de m’extirper de tout ça : partir, dans ma tête, dans mes rêves ! Je pense à elle…
Ca y est, je la vois… C’est comme si elle se matérialisait devant mes yeux…
Au triste paysage boueux se superpose l’image de mon jardin…
Du fond de mon rêve, j’entends l’ordre d’attaque qui circule dans les rangs… Je me prépare mécaniquement… Intérieurement je préfère continuer à rêver.
Je vois mon jardin tel qu’il était lors d’un de ces chauds Dimanches d’été… Ma femme s’adonne délicatement a son loisir préféré : la peinture sur soie. Son pinceau glisse doucement en rythme avec les soubresauts des branches d’arbres qui nous entourent.
Je grimpe à l’échelle en même temps que mes compagnons de galère…
Alors que je me repose dans un hamac, je surveille d’un œil notre fille, vraie petite tigresse sur-vitaminée, qui s’attaque au chien… Il a l’habitude, et il se laisse gentiment faire par ce petit lionceau aux yeux bleus. Il me regarde avec un air mi-implorant, mi-compatissant.
La course commence, les balles fusent, des camarades tombent… Cris… Morts…
Ma femme quitte son chevalet et s’approche de moi… Je fais semblant de dormir pour qu’elle vienne, comme à son habitude, déposer un léger baiser sur ma bouche…
Un tir proche raisonne dans mes tympans…
Nos lèvres s’effleurent…
Je tombe, dans cet instant de plénitude absolu…
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