A la manière de Victor Hugo (en plus modeste)

Publié le par ManuMeuh

Aujourd’hui, encore un atelier d’écriture d’Agathe et Irène… (Les règles sont ici : http://www.mamirene.com/article-6592897.html ) Bonne lecture et bon week-end ! Meuh !!
 
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La petite rose était née comme toutes ses sœurs… Au tout début du printemps. Le petit bourgeon qui la dissimulait avait lentement commencé à s’ouvrir.
 
Elle n’avait jamais connue que le noir et l’isolement de cette carapace. Aujourd’hui, pour la première fois elle apercevait la lumière, ainsi que la splendeur du monde qui l’entourait.
 
La première chose qu’elle pu voir fut ses sœurs. Elles aussi, s’ouvraient timidement telles des torchons fripés.
Et puis ce fut le choc. Elle contemplait enfin son lieu de naissance : une petite colline verdoyante qui, perchée en haut d’une montagne, surplombait la vallée toute entière.
La petite rose avait de la chance : c’était la plus proche du panorama. Ses sœurs étaient plus en retrait sur la colline.
 
Chacune s’ouvrait à son rythme. Peu à peu, chaque rose s’ébrouait pour faire ressortir ses pétales. La petite était la première dehors ce qui avait attiré les foudres de ses sœurs :
« Tu vas beaucoup trop vite, disaient-elles, tu seras dans les premières à te flétrir !! »
 
Mais la petite rose s’en fichait ! Elle écartait au maximum ses pétales pour pouvoir tranquillement contempler le paysage, si cher à son cœur.
Elle avait plusieurs fois essayé de s’approcher du bord, en vain. Sa tige, violemment enracinée dans le sol l’empêchait d’aller plus loin, et toute une partie de la vallée était coupée de son regard.
 
Une nuit, un vent puissant se leva sur la colline… De peur, toutes les roses se recroquevillèrent, sauf une ! La petite rose était étourdie par ces violentes poussées, pourtant, elle comprit vite qu’en se balançant au rythme du vent, elle était attirée avec plus de force, et plus loin dans le ciel, ce qui lui permettait de voir un petit bout supplémentaire du paysage. Cette danse endiablée à laquelle elle avait finalement prit goût, tirait fort sur sa tige, mais le mal était supportable en comparaison du bonheur que lui prodiguait la vision des zones cachées de sa vallée.
Ses sœurs pestaient : « Tu vas trop loin ! Plis toi comme nous ! Tu pers tous tes pétales, et tu vas finir arrachée !! »
 
Au petit matin, la petite rose avait triste mine, mais son cœur était plus comblé que jamais… Elle avait vu une rivière ! Dans sa folle sarabande nocturne, elle avait aperçu un ruisseau au fond de la vallée, qui était jusqu’alors inaccessible à son regard. Dans ses plus puissantes embardées au rythme du vent, elle avait même vu le court d’eau devenir rivière. Elle en était convaincue, cette rivière devait mener à un lac. C’est les lilas du rocher d’à côté qui lui en avait parlé : il paraît que c’est un endroit merveilleux, une immense étendue d’eau qui fait se refléter le soleil, et où les plantes ont les racines humides… Elle rêvait d’avoir les pieds dans l’eau, plutôt que dans cette terre caillouteuse. Elle en était sûre, derrière la rivière, ça devait être un lac !
 
Elle subissait les moqueries de ses sœurs, car la majorité de ses pétales n’avait pas résisté. Pourtant, à la tombée du jour, des promeneurs en ballade avaient arraché la plus part des membres de la famille. Un amoureux se devait de faire un cadeau digne de ce nom à son amoureuse ! Il avait ainsi coupé les plus belles roses de la colline, laissant sur place les maigrichonnes et les déplumées, indignes de l’élue de son coeur.
 
La petite rose avait suivi l’incident d’un air distrait… Elle, elle n’attendait qu’une chose, que le vent se lève à nouveau…
 
Devant la contemplation du soleil couchant, elle sentit les bourrasques arriver. Enfin !
 
La tempête reste aujourd’hui dans les mémoires comme une des plus puissantes de l’histoire de la vallée.
Les chênes et les sapins les plus vieux de la montagne racontent encore l’histoire de cette petite rose qui, alors que tout le monde se pliait pour échapper aux coups de vent, se jetait au rythme des bourrasques pour étendre au maximum sa tige…
Elle se jetait, jetait, jetait encore… Toujours dans l’espoir fou d’apercevoir son lac peut-être simplement fantasmé. Dans un dernier ballet infernal, les survivantes parmi ses sœurs ont entendu le bruit déchirant d’une tige de rose qui cède…
 
Elle s’envola haut dans le ciel avec son cavalier diabolique, et les derniers fragments de sève qui la parcourait lui permirent d’avoir une dernière vision complète de son paysage adoré, et une dernière pensée : je le savais, il y avait bien un lac !
 
"Elle aimait trop le bal, c'est ce qui l'a tuée"
Mais au prix d’un rêve, n’est-ce pas peu cher payé ?
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Publié dans Creations

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I
tu me surprends par la tendresse de ton texte, c'est très beau, Manu... 
Répondre
M
Merci, je suis d'humeur mélancolique ces temps-ci...Meuh à toi !